Vifs reproches !
TL – je suis désespérée par ton manque de sérieux, alors que les artistes ont comme préoccupations majeures la communication, le marché et les relations avec les institutions, toi, tu t’intéresses aux fées !
Le plus extraordinaire c’est que tu arrives à en rencontrer ce qui n’arrange guère les choses, car alors bonjour les fantaisies, les rondes au clair de lune, les ailes qui bruissent au bord de l’eau, enfin rien qui ne s’accommode vraiment avec le monde pictural. Suite
Pas de commentaireBiographie
Biographie
TL – Qui es-tu Paulo ?
PA – Un artiste autodidacte qui à cause de cela a eu la chance de ne pas passer par les écoles d’art
TL – Pourtant tu y as enseigné.
PA – Par ci par là et je n’appellerais pas ça un enseignement, je discutais un peu avec les élèves et surtout j’y gagnais ma vie.
TL – Et à l’Université ?
PA – C’était aussi pour gagner ma vie, sans la misère je n’y aurais jamais mis les pieds, mais je reconnais que je trouvais ça plus intéressant. J’y étais consciencieux et je m’entendais bien avec les étudiants. il n’y a pas grand chose à en dire.
TL – Et avant ?
PA – Avant, j’ai travaillé dans des laboratoires toujours pour les raisons énoncées précédemment, pas du tout comme ingénieur comme ce fut parfois écrit par des critiques qui voulaient embellir les choses, de toute façon c’était très ennuyeux et à 35 ans j’ai tout laissé tombé. C’est inutile de faire un roman feuilleton avec ma vie. Je pense que j’ai fait l’artiste depuis l’âge de six ans même si alors je n’en savais rien. J’espère que tu es satisfaite et les autres aussi.
TL – Ce n’est pas très lourd comme biographie !
PA – Je n’arrête pas de raconter ma vie, alors tu réunis les morceaux et tu verras à quoi ça ressemble, tu sauras tout, pas la peine d’inventer des trucs pour me chercher des excuses comme l’autre abruti qui en 1975 écrivait que j’avais reçu « une solide formation scientifique » alors que j’ai toujours dit que j’étais un amateur, c’est à dire celui qui aime. Ii n’y a nul besoin de solidité et ingénierie dans ma vie, donc pas de raison que ce soit lourd ma jolie.
Voilà la fée !
Je vais y aller dans la charmante vallée où habite une fée très triste. Je n’aurais pas beaucoup de temps pour la consoler mais je lui apporterai un petit mouchoir pour sécher ses larmes. Je pense aussi que de voir un artiste s’intéresser aux fées va la distraire et lui faire oublier les misères causées par les habitants du coin il y a bien longtemps. Peut-être qu’aujourd’hui les gens ne croient plus aux fées, ils se contentent d’en parler et encore pas beaucoup, elles ne sont pas actuelles disent-ils, et pourtant elles surgissent parfois à moitié nues, splendides dans la colère qui les habite, pour le moment moins violentes que celle de la vallée qui jetait des rochers sur les voyageurs. Pourtant faites attention à vous, ne les exaspérez pas, trois tonnes de rochers sur le coin de la gueule ne vous laissent pas beaucoup de chance de pouvoir l’ouvrir encore. Le réveil des fées pourrait bien sonner votre glas ! Suite
2 commentairesLa justice !
Ah, mon cher Cranach, vous ne vous attendiez certainement pas à celle-là, pas plus que la justice d’ailleurs, que j’écris avec un petit j parce que je n’y crois pas. Je me suis laissé emporter ce n’est pas en elle que je ne crois pas mais en celles (ceux) qui font profession de la rendre comme si à un moment ou à un autre on l’avait confiée à ces petits prétentieux qui osent prétendre être juge en leur âme (d’où sort elle celle-là ?), et conscience (ça c’est un peu fort « ce avec science » !). Je veux bien que tout un chacun émette des opinions mais de là à s’appuyer sur l’ignominie des lois pour décréter ceci ou cela affublé d’une vêture de carnaval devrait en faire réfléchir plus d’un et les dégoutter à tout jamais de pouvoir se livrer à de telles sinistres simagrées. Suite
3 commentairesSuite
(image de ma main dénouant le corsage de Catherine B.)
TL – Comme d’habitude tu t’en est tiré avec une pirouette, j’attendais avec curiosité ce que tu allais bien pouvoir toucher pour te renouveler et tu m’as tendu ta boîte de sucrerie avec un sourire qui en disait long sur ta satisfaction. Je te ferais toutefois remarqué que le toucher de la petite culotte tu nous l’as servi plusieurs fois déjà…
PA – celles-ci ce sont des bonbons et je te signale que je n’avais jamais pratiqué ce genre de toucher. Suite
1 commentaireLe cadeau impromptu
L’avantage de l’écriture sur les images, c’est que vous pouvez raconter cent fois la même chose tout le monde s’en fout et certains vont jusqu’à trouver dans cette obstination un charme, une qualité qu’ils n’accorderont jamais à l’image répétée.
Ce beau discours pour vous dire que je peux écrire sans problème mais qu’il faut que je fasse extraordinairement attention à ne pas vous coller trop souvent la même image sous l’œil. Dès le départ (je me demande bien de quoi !) j’ai pris la précaution de diversifier mes sujets et les moyens de les traiter. Avec moi pas moyen de vous référez au coup de pinceau pour savoir si c’est bien de moi ! Mais là où j’ai touché le cœur de la cible c’est avec La liberté du modèle. Jamais personne n’était arrivé à une telle économie de moyens doublée dans un accord parfait d’une intimité débarrassée de tout sentimentalisme. Suite
Pas de commentaireDe l’autre côté
Après ce regard si rapide de la caméra, je ne vais pas vous bassiner avec la température qui chute en dessous d’un 0 (° Celsius) très quelconque ne frôlant même pas l’absolu, ce qui aurait eu au moins l’avantage de calmer une certaine agitation. J’aurais pu en remettre une petite couche avec les jolis effets que cause un corps plongé dans un liquide et vous montrer d’autres altérations du film de sa surface toutes aussi surprenantes les unes que les autres, en prenant le risque de me faire traiter d’amuseur, ce qui aurait été loin de me déplaire tout en contrariant certainement ma chère Tenebria qui n’aime guère me voir m’aventurer hors des bien rectilignes chemins de l’art.
Maintenant vous vous demandez ce que je vais bien pouvoir sortir de mon sac, alors que moi, je suis contraint de continuer à écrire parce que je n’en ai aucune idée et qu’ayant souvent brocardé l’inspiration j’aurais mauvaise grâce de vous dire que je vais attendre sa visite, c’est à dire faire une pause, ou dormir pourquoi pas pour lui laisser le temps d’arriver.
Heureusement, pour moi, que mes tiroirs sont pleins, et qu’y fouillant tout à l’heure pour y chercher… je ne sais déjà plus quoi, j’ai retrouvé un cadeau de Brion, son kaléidoscope, celui qui arrange autrement ce que l’on regarde et alors on ne sait plus dans quel monde on se trouve.
TL – C’était quoi pour toi cet instrument : une « Dream Machine »?
Sans commentaire
Il y a un mois j’écrivais à propos de Brion Gysin :
« C’est toujours la même chose, les fonctionnaires regardent ailleurs, rappelez-vous Mondrian (17 ans à Paris !). Dommage parce qu’ils sont payés pour être attentifs et pas quarante ou cinquante ans après. II est vrai que les machines à rêver ne doivent pas les concerner beaucoup.
Aujourd’hui je lis :
… le travail de la Polonaise Alina Szapocznikow passe mal. Et finit souvent…à la poubelle. « Pour être franc, je ne comprenais ni n’arrivais alors à accepter l’oeuvre d’Alina, si éloignée de nos préoccupations du moment, qui étaient tournées vers l’art minimal et conceptuel. C’était tellement douloureux, difficile à voir, dégoulinant ! Et je ne suis pas le seul à n’avoir pas su ouvrir les yeux à l’époque… », reconnaît Alfred Pacquement, le directeur du musée national d’Art moderne, qui la fréquentait à cette époque-là (Le Monde du 22 décembre 2012).
Télérama N° 3295 du 9 au 15 mars 2013
Le cri du jour!
Depuis quelques années on parle beaucoup du fugace, de l’éphémère, de la disparition et moi même, enfin ma pratique de l’art, se voit souvent rangée dans ces catégories. Je n’y vois aucun inconvénient en précisant toutefois que tout n’est qu’une question de point de vue et que cela est relatif par rapport à la conception que nous avons du temps et au fait que nous dotons ce que nous considérons comme des produits le l’art d’une pérennité tout à fait illusoire. Ne serait ce pas là une attitude rassurante qui nous pousse d’ailleurs aux pires excès tant est grand notre goût pour la préservation des choses.
A partir du moment où j’ai employé des médiums tels que les sucs de certains fruits, j’étais bien conscient de la fragilité de leur existence sans y attacher une autre importance de celle du contraste qu’ils établissaient par rapport à la stabilité un peu plus longue que d’autres comme les oxydes de fer par exemple (de quelque semaines pour les premiers à quelques millénaires pour les second) comme on pouvait les voir employés conjointement dans mon exposition In natura rerum au musée des beaux arts de Nantes en 1996. Si cette question de la fugacité des œuvres se trouve posée aujourd’hui avec tant d’insistance ne serait ce pas à cause de leur extrême marchandisation. On ne voudrait pas payer l’art pour peu de temps ni considérer le phénomène plus que ce qu’il engendre. Je m’interroge souvent pour savoir si je suis vraiment satisfait de voir un tableau repeint par trois ou quatre générations de restaurateurs le cochonnant allègrement.
Bien sûr, si j’avais raison, l’existence matériel de l’artiste serait encore plus précaire qu’elle n’est, mais quel surcroît de panache pour l’amateur conviant à la contemplation de ce qu’il possède en l’assortissant de ce conseil « dépêchez vous car tout va bientôt disparaître ! »
Etre artiste deviendrait enfin un métier dangereux, le problème des réserves des musées se trouverait résolu et la courte vie des chefs d‘œuvres un facteur de valeur ajouté car pour les voir le collectionneur devrait les acheter vite. L’esprit (sic) du temps serait satisfait, n’est ce pas celui de la vitesse, alors vive l’art disparaissant vite !
TL – Tu manges du cheval Paulo ?
3 commentairesLa camera regarda vite
Je vous regardais marcher dans cette mer peu profonde et sans doute froide, puis mon attention se déplaça sur un geste de votre main gauche qui à chaque pas que vous faisiez effleurait la surface de l’eau. L’image montre le soulèvement de ce film qui semble suspendu à l’extrémité de vos doigts et qui se déchirait quand l’espace qui vous séparait devenait trop important. Suite
1 commentaire






