Paul-Armand Gette

Incertitude

Ce soir, je ne vous dirais pas grand-chose, le temps n’est pas propice aux dissertations et les têtes à claques à force de bouffer me coupent l’appétit.

TL – De toute façon, c’est un peu tôt pour te mettre à table. Montre moi plutôt la photo que tu as trouvé tout à l’heure en fouillant dans tes papiers, je n’ai pas bien vu ce qu‘elle représentait.

PA – C’est Corinne qui pour me faire plaisir avait cousu un petit croissant sur une culotte blanche, à moins que ce soit Artémis, on ne sait jamais.

TL – Tu l’as gardée !

PA – Non, juste photographiée, je ne m’aviserais pas de voler les culottes d’une déesse.

TL – Mais Corinne n’en était pas une.

PA – Je n’en suis pas certain.

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La journée commence !

Si par hasard, ouvrant la boîte des Nymphes, mais serait-ce vraiment le hasard ou plutôt le désir…
TL – Quelle vulgarité de parler de la boîte des Nymphes !
PA – Je t’en prie, ne joue pas avec les mots de si bon matin. J’aurais dû dire : La boîte où je range les images des Nymphes, Nymphaea et voisinages.
TL – Pourquoi tu écris Nymphaea avec des lettres italiennes ?
PA – On ne dit pas des lettres italiennes, mais des italiques.
TL – Italienne ou italique, c’est la même chose non,
PA – Pas tout à fait.
TL – Viens te recoucher, j’en ai mare de ta langue à la con.
PA – De laquelle parles-tu ?
TL – Si tu continus, je retourne chez moi et tu resteras seul avec tes Nymphes.
PA – Je préfère rester ave les tiennes.
TL – Alors, tais-toi.

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Il pleut bergère

On en pose des questions à propos de l’art, un peu trop à mon avis, il existe comme la pluie et le beau temps, il nous plait ou pas, on est libre de le regarder ou pas et c’est très bien comme ça.
TL – Hou la la, voilà le Paulo qui fait son philosophe à 3 h. du matin. Il a dû lire un truc qui ne lui plaisait pas trop. Viens vite te coucher mon mignon, ta petite sœur a peur du noir.
PA – J’arrive !

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Clair de Lune

TL – Qui est cette Coralie qui joue les Artémis ?
PA – Tu pourrais inverser ta question et demander qui est cette Artémis qui joue les Coralie. Mais je ne vais pas te contrarier aujourd’hui. C’était une élève de l’école des Beaux-Arts de Poitier et j’aimais beaucoup le petit croissant de lune qu’elle avait au bas du dos ou au dessus des fesses si tu préfères. Fesses que nous appelions la lune quand j’étais enfant et que nous nous montrions mes petites amies et moi en nous tordant de rire. La lune en plein jour était la cause de notre hilarité. Donc quand Coralie m’a montré son petit croissant et vue l’endroit où il était, mes souvenirs sont remontés à la surface des jours, puis Artémis est arrivée à sont tour, ce qui était logique vu l’intérêt que je lui porte. Tu es satisfaite maintenant ?
TL – Oui, ça va. Tu es bien bavard ce matin. Il n’en faut pas beaucoup pour faire remonter tes souvenirs et alimenter ta pratique de l’art.
PA – Tu sais très bien que je me contente de peu et que l’immense est loin de me séduire.
TL – C’est vrai, qu’il n’était pas bien grand le croissant de Coralie.
PA – Il était discret et intime en quelque sorte, comme une petite pâtisserie ou un bijoux secret.
TL – Ça suffit pour l’instant. Ce matin, il est remonté le Paulo, il en faut peu pour le lancer, un petit croissant et le voilà parti pour la journée ! Il la voit partout son Artémis, si ça continu je vais finir par y croire, après tout moi aussi je suis une Artémis, même si je n’ai pas de croissant.
PA – Si tu veux, je peux t’en prêter un.
TL – Et où veux tu que je le mette ton croissant ?
PA – Mais, où tu voudras ma chère Amie !

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A propos…


TL – Monsieur se repose, tu vas entrer en hibernation toi qui déteste l’automne ?

PA – Non, mais j’ai quelques inquiétudes.

TL – Etant donné (!) le pays où tu vis, j’avoue qu’il y a de quoi. Tu aurais dû foutre le camp il y a longtemps. J’ai entendu dire que tu allais en Grèce au printemps, c’est vrai cette histoire ?

PA – J’aimerais bien y aller voir si quelques nymphes se cachent autour de l’Acropole.

TL – Pour ça, tu peux rester ici. D’abord, il y a moi et j’en ai vu venir te rendre visite dernièrement, alors pas la peine de courir au diable pour voir les Nymphes.

PA – Mais en Grèce c’est l’origine.

TL – Oh, je te vois venir avec ton origine. Tu es déjà allé te promener sur la plage de Litohoro, visiter la Villa Dionysos et le petit temple d’Artémis à Dion à la fin du siècle dernier, ça devrait te suffire et en plus tu n’aimes pas les voyages.

PA – Ce n’est pas parce que tu es Etrusque qu’il faut être jalouse des Grecques et si tout va bien je ferais une exposition à Athènes.

TL – Nous y voilà, c’est ça qui t’attire, mais mon pauvre ami, ils ne vont pas aimer ce que tu fais, c’est le pays de l’art classique, de la beauté formelle, Winckelmann s’y est cassé les dents. Si tu gigotes trop, ton Artémis va te tirer une flèche, ton Aphrodite te reprocher tes privautés, tu lui as foutu tout ce qui te passait par les mains entre les jambes, les galets, les coquillages, les algues, les pétales de roses, que sais-je encore.

PA – Je n’ai pas l’impression que ça lui ai déplu, je suis toujours là, de toute façon je lui avais demandé la permission, je ne suis pas fou à ce point, je tiens à ma vie et tu sais bien que même Artémis me supporte, ne m’a-t-elle pas dit que j’étais son artiste préféré, après Lukas toutefois, mais lui il n’est plus là alors j’ai toutes mes chances.

TL – Misère, que ne faut-il pas entendre, et l’histoire de l’art qu’en fais-tu ?

PA – Rien du tout, je m’en fou, l’histoire n’est pas l’art et je suis artiste et pas historien.

TL – Oufa ! Tu m’emmèneras voir les Nymphes au printemps ?

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C’est pas tout ça!

L’art ?
Nous sommes quelques uns à avoir choisis d’en faire, sans trop nous préoccuper de savoir ce qu’il devient ensuite. On vous le montre comme on peut, parfois dans de pas très bonnes conditions, mais vous aussi il vous faire un petit effort, on ne va quand même pas vous le mâchouiller et le digérer à moitié pour lui enlever toute saveur.
Heureusement on n’a pas de ministère et c’est tant mieux. Eux ils parlent de « culture » nous d’art, ce n’est pas la même chose. On va continuer comme ça, après tout, vous n’êtes pas des légumes !

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Brève de lit

TL – Ça va aujourd’hui ?
PA – Pas trop mal, merci ? C’est le Nobel qui m’inquiète.
TL – Pourquoi, tu t’en fous généralement.
PA – Oui, tu as raison, mais je me demande si ceux qui le donnent sont capables de lire ce qu’ils doivent lire.
TL – Oufa, certains jours tu penses un peu trop à mon avis.

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Merci et belle journée.

Décidemment je n’aime pas le langage des réseaux sociaux, ces invitations à aimer n’importe quoi ne me conviennent en aucune façon. J’ai une autre conception de l’amour.
D’autre part, ce qui est un peu fatigant, c’est d’avoir à répéter toujours les mêmes choses pour ne pas être ce que je ne suis pas !
1 – Je suis un artiste autodidacte.
2 – Je ne suis pas ingénieur et ne l’ai jamais été.
3 – Je ne fais pas de performances mais parfois des lectures et plus rarement des célébrations (des fraises ou des menstrues de la déesse).

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Ce qui précède l’image


Le 9 août, je suis invité à déjeuner par des amies dont l’une a une villa située pas très loin de la plage. Malgré un vent violent, elles décident d’aller se baigner et je les accompagne. La plage était déserte et sur la balustrade d’une cabine je trouve la partie supérieure d’un maillot de bain qui vu sa taille a été oubliée par une adolescente ou une très jeune femme. J’en fais une photographie ainsi que des cabines et de la mer. A partir de ça j’invente une histoire de rendez-vous manqué que j’aurais pu avoir avec cette personne.

TL – En somme tu te compliques la vie !

En regardant les images je m’aperçois de la photographie du vêtement de bains est floue et sa couleur bleu ne me plaît pas beaucoup, ce qui me contrarie. Quelques jours plus tard, je décide d’acheter non plus un haut mais un slip de bain de petite taille d’une autre couleur et de le photographier sur une autre plage car je n’ai pas envie de retourner sur la première. Je pense toutefois conserver le même scénario.

TL – Un vrai roman ton histoire.

Evidemment les choses ne s’arrangent pas très bien et après plusieurs essais, je photographie le slip accroché à la rampe d’un escalier reliant un ponton au sable de la plage. La présence d’une importante touffe d’Atriplex littoralis L. me procure un agréable contraste avec la couleur du slip.

TL – Et tu as besoin de raconter tout ça ?

PA – Tu es historienne, je pensais que cela pouvait t’intéresser.

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Suite

TL – Qu’est ce que tu racontes, et où as-tu vu une maitresse d’école à Beaubourg, c’est un musée pas une école communale.
PA – Encore une fois, tu as raison. J’ai de mauvais souvenirs de l’école et je n’aime pas les retrouver, alors quand je les retrouve je suis de mauvaise humeur. A propos de ce devoir j’ai entendu parler de « pédagogie » et je n’aime pas beaucoup les pédagogues. Par contre, j’aime bien que le verbe nuire devienne « nuit » à la troisième personne du singulier et au présent.
TL – Oufa ! Bonne nuit Mon petit Paul ou Mon cher Paulo si tu préfères. Tu viens te coucher? On va appliquer les conseils de Monsieur Marcel ?
PA – Lesquels ?
TL – Tu verras.

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