Notula N°12
En regardant dans le tiroir de ton bureau, je suis tombée sur deux petites boîtes remplies de Polaroïds. Ils sont de toi?
Je ne sais pas, ton tiroir est plein de culottes et ce n’est pas toi qui les as faites!
Excuse-moi, tu as raison.
Tu t’intéresses aux Polaroïds?
Pas spécialement. En 1983 Pernilla et moi, nous avions amorcé Le toucher du modèle pendant l’été. De retour à Paris je l’ai proposé à Sophie et nous l’avons continué…
Ça n’explique pas pour autant les Polaroïds.
Je travaillais à l’université pour gagner ma vie et dans le studio vidéo il y avait un appareil Polaroïd dont personne ne se servait. Je l’empruntais pendant les week-ends…
Et tu photographiais Sophie et seulement Sophie…
Oui, seulement Sophie en tant que personne, mais aussi quelques salles de bains…
Ensuite tu as tout mis dans ton tiroir et tu n’as plus jamais fait ce genre de photos?
C’est presque ça…
Toi qui es si bavard, tu n’es pas très loquace aujourd’hui, tu es malade?
Non, mais que veux-tu que je te dise?
Je veux savoir ce que tu as fait avec ces photos, j’en ai vu des reproductions dans deux ou trois de tes publications, tu les avais groupées et indexées, d’autres tu les as photographiées à nouveau et agrandies, d’autres encore tu les as photocopiées ou découpées sans que je sache ce que tu leur as fait subir.
Comme je ne suis pas un adepte de «l’art moyen» comme l’a si bien défini Bourdieu, je m’en fous de la photographie, j’aime glisser d’un procédé à l’autre, en faire lire un par un autre. Les agrandissements, je les pratique depuis 1964, ils me viennent d’Alice, souviens-toi du petit gâteau et de la petite bouteille. Après j’ai voulu voir ce qu’il y avait dans ces photos genre pochette-surprise, un peu comme on veut savoir ce qu’il y a dans un jouet. Avec un ciseau, j’ai coupé les bords, j’avais alors entre les mains une poudre grisâtre et un carré de plastique avec une image, en le lavant sous un filet d’eau, mes doigts y laissaient des traces, ce fut Le toucher de l’image du modèle, j’ai dû en faire quelques-uns où l’on voit Sophie et d’autres avec mon simulacre de Nymphéa…
C’est ce que tu as appelé les Polaroïds démantelés, tu as déjà montré tout ça?
Oui, par-ci par-là.
Tu touches tes modèles et ensuite leur image ?
Oui, mais je demande la permission.
Aux images, tu te fous de moi?
Un peu, mais je t’aime bien.
Va te coucher.
Bonne idée. Avec toi?
Essaye de faire autrement!!!
Tenebria et Paul Armand sortent par le fond de la scène.
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