Huitième conversation

Je ne me voyais pas comme ça…
Moi, oui. Si vous êtes la déesse de la nature vierge, vous devez ressembler à ça, et puisque chacun vous invente, je préfère vous voir ainsi plutôt que les armes à la main. Vous vous souvenez de Laurence (Feuilleton 4, chapitre XXX), nous en avons parlé souvent, elle disait être vous, elle aimait les lichens et les mousses et je reste persuadé que c’était vous qui étiez derrière elle…
Tu peux toujours raconter ce que tu veux, je crois que c’est ça être artiste. Parfois je ne me déplais pas dans la manière dont tu me vois, c’est quand tu me montres aux autres que je frémis…
Cranach, Boucher, Watteau et les autres vous ont montré, vous et vos nymphes de bien charmantes façons…
Je sais, tu les considères comme tes collègues, tu ne manques pas d’air, je dois reconnaître que tu aurais pu les choisir plus mal, mais au moins eux restaient plus ou moins dans la tradition. Avec le temps, je m’étais habitué à la manière dont ils me voyaient, avec toi c’est plus difficile, tu me vois partout.
Ce sont les inconvénients de la divinité, ne vous plaignez pas trop, je ne suis pas frénétique, je subis vos humeurs et vos changements d’allure, j’attends votre bon vouloir, heureusement que vous êtes diverse, autrement je vous aurais perdu de vue, mais perdu quand même.
Ainsi celles qui acceptent d’être tes modèles sont moi et tu ne les agaces pas avec tes histoires ?
Ma chère, c’est à vous et à elles de répondre.
Qu’est-ce que tu as raconté à Cécile et à Hildur à Reykjavik pour qu’elles t’accompagnent dans L’apothéose des fraises ?
Rien du tout, sinon que nous allions évoquer Les menstrues de la déesse…
Et ils ont aimé les Islandais ?
Je ne sais pas, ils étaient bien silencieux, ensuite deux ou trois personnes m’ont dit que ça ressemblait à une cérémonie…
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