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TN – Curieuse association où les mots peuvent changer de place et l’expression de sexe. Tu l’as fait exprès ?

PA – A ce niveau certainement pas, bien que je trouve ton observation fort intéressante, je trouve qu’ainsi tu fais bien ton travail de critique. Par contre sur ma volonté de faire figurer l’objet sur mes images, il n’y a pas de doute à avoir. La montre et plus spécialement celle dite bracelet est un objet intime, ses déplacements ne sont pas anodins. Contrairement aux sabliers, horloges ou autres elle est très étroitement liée au corps. La position qu’elle occupe sur le poignet va conditionner une gestuelle différente quand se manifeste l’envie de la consulter.

Ceci dit, je ne les aime pas spécialement et la première qui apparaît sur une image est celle que portait ma mère, une Lip à cadran noir, choisie à cause de sa meilleure lisibilité. Je l’ai adoptée pour la même raison est ensuite je suis resté fidèle à ce modèle.

TN – Quand as-tu commencé à te préoccuper de l’heure ?

PA – De l’heure elle-même c’est en 1976, je photographiais alors des petits panneaux, sur l’un figurait l’heure et sur l’autre la température. C’est avec Les natures mortes dont le nom évolua en passant par Vanités puis Cinématographies que l’objet montre-bracelet prit sa place et son importance et bien sûr avec le toucher du modèle  (1983/84). A mon poignet ou détachée elle à un double rôle de représentation, du temps évidemment et aussi de moi.

TN – Sur certain de tes polaroïds de 1984 on voit qu’elle « change de main » passant de la tienne à celle du modèle. Ce sont des images troublantes qui ouvrent sur des situations s’emboîtant les unes dans les autres. Le spectateur est confronté à presque rien, sans mise en scène spéciale, à ce que je serais tenté d’appeler « un moment d’intimité » en train de se creuser. En es-tu conscient ?

PA – Rien ne peut me faire plus plaisir que d’entendre ce que tu dis. C’est ce qui me conforte dans l’idée que l’art est bien l’outil adéquat permettant d’explorer l’émotion. A partir de là, comme tu le suggères, le champ perspectif s’étend, on quitte la scène, on entre dans ce que j’ai appelé l’ob-scène ou l’intime de l’intime si tu veux. Ma montre y fonctionne comme un marqueur, j’en ai introduit de nombreux autres dans mes recherches.

TN –En effet, j’en discerne plusieurs comme ton 0m., la fleur de Nymphéa en plastique, les petites culottes pourquoi pas, d’autres encore peut-être ?

PA – Tu pourrais y ajouter les blocs/sculptures parmi les plus évidents.

TN – Cette manière de voir, d’entendre l’art n’est pas dans les habitudes de la critique, qui, à quelques exceptions près, est confinée dans ses habitudes, elle a vu les objets, les prenant parfois pour des symboles alors que tu ne les emploies jamais, ils sont trop ambigus et compliqués pour ton goût. Te sens-tu voisin d’autres artistes ?

PA – Je ne sais pas, il faudrait être un historien pour te répondre ce que tu pourrais faire mieux que moi. Sans doute le Cranach des « Nymphes à la fontaine » et plus près de nous un écrivain : Wladimir Nabokov, même s’Il opère dans un autre espace que le mien, je crois que des similitudes de situations existent dans nos œuvres respectives.

TN – Tu penses à Lolita ?

PA –Evidemment et plus encore à « Ada ».

Pour illustrer notre entretien, je t’offre cette image de 1995, à Bordeaux Babeth n’aimait pas que je porte une montre.

 

 

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