La pérennité de la liberté (du modèle)
Nathalie à Naples (2008)
2009 est arrivé. Trois fois trois neuf ou neuf divisé par trois égale trois, en somme nous voilà bien avancés.Les mêmes sinistres figures s’exhibent toujours sans vergogne et la Liberté, que Delacroix faisait monter sur les barricades, continue de prendre des coups. Ils vont l’avoir si nous n’y mettons pas bon ordre, sauf que le problème se complique, l’ordre étant son ennemi héréditaire, il va falloir s’y prendre d’une autre façon.
Si je continue, je vais passer pour un donneur de conseils alors je vais très simplement proposer la liberté à celles (ceux !) qui veulent bien m’accompagner un moment. En voilà des manières de dire aux gens faites donc ce que vous voulez alors que tout autour de nous hurle le contraire. C’est dire si je suis dans une situation inconfortable.
La liberté du modèle reste mon sujet préféré. Le temps passant, je commence à voir à quoi elle ressemble à travers toutes les images que nous avons produites ensemble. En retour, j’ai pu profiter de celle du regard et du toucher accepté, une belle conjonction de l’optique et de l’haptique. J’avoue qu’envoyant ma lettre à trois de mes modèles, le 11 septembre 1991, je ne mesurais pas très bien sa portée. Parler de liberté (l’offrir ?) s’avère plus difficile que je ne l’imaginais mais l’espace qui se révèle alors est plus étendu que je ne le pensais. Ce qui s’y manifeste est surprenant tant la liberté des autres ne ressemble pas forcément à ce que nous avions imaginé.
Le poids des contraintes pèse lourd, souvent si lourd qu’il nous paralyse ou nous effraye. L’art reste un espace cerné par ceux qui lui prodiguent une illusoire protection pour mieux l’exploiter, pour en faire leur chose. Je vis dans un pays que je n’ai pas choisi, si je n’en ai pas changé c’est que je ne veux pas en choisir un, c’est dire si je fus mondialiste avant la lettre ! Là où je vis la liberté serait plutôt épigraphique et associée à deux mots qui l’envoient au-delà du vraisemblable plus sûrement que deux puissants réacteurs. Au sein de cette surenchère, j’ai limité mes ambitions à un espace « restreint » (ils ont toujours suscité mes intérêts !) : celui de l’art, à première vue ce devrait être le lieu privilégié de la liberté, à première vue seulement. Dès que l’écrit et l’image s’émancipent les chapeautés du mortier deviennent de redoutables prédateurs, il ne reste alors que la liberté de la boucler !
Je me suis retrouvé posant ma question : « Voulez-vous être mon modèle ? » récoltant suivant les cas un coup d’œil irrité ou un sourire amusé. J’ajoutais bien vite qu’il n’y avait aucune obligation, qu’un non arrêtait net l’entretien, on pouvait alors tout de suite parler d’autre chose, du temps ou des vacances, des sujets qui n’engagent à rien, des sujets qui plaisent à tout le monde. Le sourire entrouvrait une autre porte et le oui faisait se lever quelques interrogations. Ce n’est pas tous les jours que la réponse à « Que dois-je faire » est : « Faites ce que vous voulez ».
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