… courir après le temps perdu !

Quand on vit dans le temps de l’incohérence, de la divagation et de la gesticulation, l’art paraît une île au cœur de la tempête, même si, hélas, une frénésie gagne certains de ses acteurs.
J’ai toujours pensé que l’art était une recherche, une exploration de l’espace incommensurable de nos capacités sensibles. La critique se couvre de ridicule quand elle évoque sa disparition. Qu’il soit animé par un phénomène de flux et de reflux est évident, ce n’est pas une raison pour l’enterrer sans arrêt. Se plaindre de la surabondance et de l’insignifiance de trop nombreux « artistes » ne diminue en rien la confiance que nous avons en lui.
Que l’art suscite tant de discours et de discussions prouvent ses qualités interrogatives. Que la plupart des réponses données à ses interrogations soient stupides est le fait de la stupidité des répondeurs pas celle de l’interrogateur. Si sa radicalité est évidente, ses manières de faire ressortent plutôt de la proposition que de l’imposition pratiquée par les états.
J’ai souvent comparé certains artistes aux gaz, il faut qu’ils occupent le maximum de place, et la comparaison ne s’arrête pas en si bon chemin, plus ils se gonflent plus ils se diluent. A force de mesurer les cimaises des musées, ils épuisent leurs neurones plus que leurs bras, ils n’en finissent pas d’évaluer vainement la surface qu’ils rêvent d’occuper.
A côté de ça l’art poursuit une existence aujourd’hui assombrie par une implacable volonté de le réduire à une justification. L’important est qu’indépendamment de la logorrhée quasiment journalière qui bourdonne à nos oreilles, il soit toujours là. Cette permanence s’inscrit en faux contre les affirmations mortifères d’une part et les recours fallacieux d’autre part à une culture outrancièrement gonflée de vent.
J’userais volontiers ici d’une comparaison paléontologique. Pendant que les grands reptiles meurent et disparaissent à jamais, une vie, minuscule certes, mais riche d’une future diversité perdure durant la catastrophe. Rien ne ressemble plus à la situation de l’art aujourd’hui. Installé dans mon inquiétude, je reste d’un optimisme forcené.
On pose sans arrêt des questions idiotes sur ce qu’est l’art ou ce qu’il n’est pas, il est, un point c’est tout. Le vouloir pour tous est aussi stupide que l’uniforme dont se parent quelques professions. Il est à la disposition de ceux qui en veulent, nous avons vu quelle baudruche il devient quand les idéologies s’en emparent, l’effet de masse ne lui convient pas.
Si l’anarchie est considérée comme la plus haute expression de l’ordre, je vous propose de regarder l’art comme pouvant être la plus haute expression du désordre. Ah, je vous en bouche un coin avec ma jolie formule, réfléchissez un peu et dites-moi si je n’ai pas raison.
Comme j’ai disloqué l’obscène en modifiant son orthographe (ob-scène !), je vous propose aujourd’hui le « dés-ordre » comme sujet. Bon courage et si vous voulez on ira ensemble contempler en rigolant l’affaissement de nos grands reptiles contemporains.
Drelin drelin, mon téléphone sonne à nouveau, consultant l’écran, je reconnais le numéro de Tenebria :
- Paulo arrêtes-toi, tu vas casser les pieds de tes clients.
- Ah, te revoilà. Je te ferais remarquer que je n’ai pas de clients, c’est gratuit et puis j’ai été silencieux pendant deux semaines alors il faut que je me rattrape !
1 commentaire
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Ténébria est une rabat joie!
Vous ne me cassez pas les pieds du tout!
J’ai réfléchi un peu et je dis: « vous avez raison », longue vie aux optimistes forcenés!