Les bonnes intentions

La prochaine fois que je ferais une lecture, je me servirais des menstrues de la déesse pour la théâtraliser. Ce sera un spectacle qui occupera le regard des spectateurs et il aura l’avantage de ne pas faire de bruit. A la fin quand les deux jeunes filles auront les mains teintées par le suc des fruits rouges, je pourrais m’interrompre un instant pour aller procéder à la toilette des modèles. Naturellement il faudra que je fasse un effort, je ne pourrais pas utiliser n’importe quel texte, je vais en écrire un spécial et peut être prévoir un élément de décor pour que la chose soit plus plaisante, par exemple un triangle à l’intérieur duquel je pourrais prendre place avec une douce lumière rose qui me permettrait de lire.
Si je ne m’étais pas réveillé si tôt, je n’aurais jamais pensé à tout ça. Ah, sacré nom de foutre, j’aurais mieux fait de continuer de dormir. Je serais à l’heure actuelle bien tranquille, alors que maintenant, il va falloir que je l’écrive ce texte et chaque fois que je voudrais donner la lecture, que je trouve deux demoiselles et que je trimbale mon triangle. Remarquez que je pourrais toujours le dessiner sur le mur ce qui éviterait les frais de transport, j’arriverais sans bagages avec mes papiers sous le bras. A la rigueur, je pourrais lire debout, je n’aurais pas besoin de me lever pour faire la toilette des jeunes filles. Il faut penser à tout dans ce métier et ne rien oublier.
Le texte, je n’aurais pas trop de problème pour l’écrire, de toute façon je ne veux pas retenir les gens trop longtemps, vingt minutes devraient faire l’affaire. La difficulté sera de trouver un lieu, ils vont tordre la gueule les organisateurs de spectacles, l’annoncer ne serait pas une mince affaire, mettre dans les villes où je passerais des affiches informant le public que Paul-Armand Gette et deux demoiselles vont lui offrir les menstrues de la déesse va créer des remous, même si on ne demande pas des sous. En définitive, je me servirais sans doute du deuxième titre de la manifestation : l’apothéose des fraises. Il est plus champêtre, il conviendrait bien aux régions où on les cultive, je pourrais prévoir également une petite distribution pour écouler les surplus, les jeunes filles passeraient dans les rangs des spectateurs en offrant un fruit avec un sourire, elles auraient encore les mains parfumées et teintées de rose par les framboises. Pour terminer, la fanfare du coin jouerait « Les fraises et les framboises » et non pas « les fesses des villageoises » comme je le chantais quand j’étais petit. A défaut de fanfare, un chœur ne serait pas mal non plus.
Un de ces jours, j’écrirais l’histoire des menstrues divines, j’en suis l’inventeur, je connais bien le sujet !
Brr, brr, brr (j’ai mis mon téléphone portable en mode vibreur !!!)
- Dit Paulo, ça va pas la tête ?
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