Fare niente

Ce qui m’a fait choisir les arts sans perdre de vue les sciences, c’est que la possibilité de l’attente de l’événement y était plus développée. Le « fare niente » s’y trouve à son aise, tout au moins pour moi, sans que j’éprouve le besoin de parer le hasard de toutes les qualités. Ce ne sont pas ses manifestations que je guette, c’est l’instant où, comment dire, l’objet du sujet fait surface et là, une seconde d’inattention vous le fait perdre, d’où ce désir d’en faire le moins possible, avec à la clef l’inconvénient pour ceux qui me lisent ou regardent ce que je montre d’avoir l’impression (mais l’impression seulement) d’un déjà vu qui n’est que la conséquence du peu d’attention qu’ils portent à ce qu’ils lisent ou regardent.

Tout se ramène à une question de distance. Trop près, l’accommodation ne se fait pas ou le sujet ferme littéralement l’œil, c’est alors que le toucher, l’odorat et le goût peuvent prendre le relais, ce qui peut s’avérer fort agréable, trop loin on perd de vue le détail pour le paysage et je ne suis pas certain que l’on soit gagnant à tout coup, vues de loin les cerises perdent beaucoup de leur intérêt.

Il ne s’agit pas ici de l’art de l’écriture, mais de l’écriture de l’art qui hélas souvent tente des gens qui n’y entendent rien.  Cette volonté de courir, cette fuite de ce qui est passé pour joindre ce qui n’est pas encore là, est une occupation stérile se manifestant dans ce goût de la performance. Qu’est-il besoin de performer, sinon rien.

Tout ce brassage ne produit qu’une mousse envahissante qui fait disparaître l’essentiel qu’il est déjà bien difficile de percevoir sans cela. J’étais encore sous le charme des petites plissures roses que j’avais observées sur les noyaux des cerises, quand me prit l’envie de faire un peu de teinture. Non, non pas de peinture, de teinture, je sais bien que prendre une lettre pour une autre n’est pas très grave mais quand même, c’était bien la teinture qui m’attirait, sans doute à cause du bain. Ah, ce fut un bel enchaînement, comme je les aime, sans efforts. On les trempait blanches (les belles feuilles de papier !), on les ressortait rose, peut-être de confusion ?

Tenebria m’appelle :

Je pensais bien que tu n’allais pas en rester là. J’attends la suite non sans quelques inquiétudes et tu vas avoir de mes nouvelles !

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