Sur la plage


Quand en 1972 tu publies ton Approche descriptive d’une plage, je n’étais pas née, je ne peux donc que me référer à ce que tu en dis, ce qui est loin d’être la meilleure solution pour une historienne de l’art. Il m’avait semblé que tu apportais en ce temps une rigueur toute scientifique à tes recherches bien que ta description soit en certains domaines fort limitée. Ensuite tu y amenas des petites filles (Lotta et Bim, Agneta puis Christelle) dans le but disais-tu de perturber la vision que le public pouvait avoir de ton approche qui pourtant l’était déjà suffisamment. Je pensais alors pouvoir clore ce chapitre et voilà que cette Mya arenaria L. qui figurait dans une de tes listes, refait surface, elle qui m’as-tu dit vit profondément enfoncée dans le sable, à mon avis elle aurait mieux fait d’y rester.

On m’a enseigné Panofsky, un peu le détail comme le voyait Daniel Arasse, mais pas Linné, Cuvier ou Darwin alors quand tu t’extasies sur ta moule, j’éprouve quelques difficultés à te suivre même si tu m’affirmes qu’il s’agit bien d’art. Je ne dis pas que les deux autres aient tout faux, disons que leur vision de l’art s’avère un peu étroite avec toi.

Ah, je vois bien où tu veux en venir grossier personnage et les explications que tu me donnes avec un air sérieux alors que tes yeux ne peuvent s’empêchés de rigoler ne facilitent pas ma tâche. Ta moule des sables a une drôle d’allure dès qu’elle est entre tes doigts.

Réponse à T.L.

Je comprends ton désarroi devant mes débordements et en même temps, je suis sensible à l’attention que tu me portes. Peu m’importe ce que j’ai a gagner ou à perdre, la question n’est pas là, je suis écartelé entre la colère que tous les détenteurs de pouvoir font naître en moi et le plaisir que je ressens en ramassant les valves de la moule des sables sur les laisses de la plage.

Tu sais, ce n’est pas moi qui les ai rangées les unes dans les autres comme des poupées russes, après beaucoup d’hésitations, je crois que c’est la petite fille au tutu rose. C’est grâce à elle que j’ai pu contempler ces triples valves (ou peut-être vulves !), c’était un peu comme ce que j’ai vu à Venise et heureusement que tu es là pour en parler ou m’aider dans mes cheminements. Ciel, si je rapproche les valves des filles, qu’est-ce qu’ils vont encore imaginer, à mon avis rien du tout et c’est dommage car nous sommes dans une logique qui aurait sans doute plu au révérend de Christ Church. Quand j’y pense, la petite danseuse de Degas n’est pas si petite que ça, 14 ans peut-être, elle était déjà « grande fille », quant à la mienne, enfin celle de la plage, elle était un peu plus jeune, mais pas beaucoup. J’ai oublié de le lui demander.

Je suis loin de me disperser, je ne regarde pas n’importe quoi. Je suis lent, j’ai mis trois semaines pour arriver à l’histoire des valves si bien rangées et à croire que c’était le fait de « tutu rose ». C’est ça, n’est-ce pas, c’est bien elle qui les a rangées ? Dis-moi que c’est elle, la fée. Ils vont encore se foutre de moi avec mes histoires, foutu tordu gâteux le mec avec ses fées et ses déesses. Je vais les laisser se débrouiller, moi je les mets sur la voie, après vogue la galère.

Maintenant tu sais tout, je te tiendrai au courant de la suite, à moins que tu décides d’être plus près de moi ce qui m’éviterait ces pages d’écriture. Ô, pardon, j’ai oublié de te dire que j’ai aussi photographié les chaussures de ma Cendrillon.

Une réflexion sur « Sur la plage »

  1. Quand j’étais petite fille, mais pas si petite que ça (13 ou 14 ans), ma meilleure amie avait confectionné un objet porte bonheur constitué de ces coquillages imbriqués qu’elle m’a ramené de ses vacances familiale au Portugal. Elle avait scellé l’objet avec du scotch sous lequel il y avait un petit morceau de papier avec mon prénom. Je n’ai jamais su si c’était une idée qu’elle avait trouvé toute seule ou une pratique locale mais j’ai toujours gardé le porte bonheur.

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