Kalydon, je m’en fous, elle l’a transformé en rocher. S’il est là (dans ma vitrine) c’est justement parce qu’il est rocher, bloc/sculpture comme je les appelle. Artémis et Artemisia constituent un couple qui m’est plus familier. La déesse me fout toujours un peu la trouille et la plante a failli m’étouffer un jour que je l’approchais pour lui caresser la feuille, au Bois de Vincennes. Comme je suis artiste, il me faut bien prendre des risques de temps en temps, sinon la vie serait trop monotone, alors, je me lance.

La déesse, je lui avais orné l’entre-jambes à Anvers avec les feuilles de la plante qui ne pouvait que lui plaire et effectivement elle avait bien aimé, il faut dire que sur le mur c’était gracieux. La vulgaire (Artemisia vulgaris L.), elle a la feuille plutôt ornementales et finement découpée. Donc je pouvais imaginer qu’elle ne serait pas furieuse à cause de mon initiative. Je restais dans la logique des choses, Artémis Artemisia devait bien avoir quelque part un point commun, peut-être plusieurs, sait-on jamais, les suppositions ne pouvait pas mettre ma vie en danger. Je n’allais recouvrir, partiellement, le pubis divin de brins d’armoise sans lui demander ce qu’elle en pensait. C’est sur un papier que j’ai collé mes petites feuilles pour qu’elle puisse se faire une idée.

Tenebria trouvait que c’était osé, que je n’avais pas mis assez de feuilles en somme qu’elles ne cachaient rien du tout, que c’était pire. La déesse ne fut pas aussi sévère, elle me suggéra toutefois de placer un 0m. qui tout en préservant sa pudeur indiquerait sans ambigüité qu’il y avait bien là le commencement de quelque chose. Elle avait bien raison et montrait ainsi une grande connaissance de mon œuvre. Pouvoir relier dans l’instant ce que la critique n’était jamais arrivée à voir, me frappait de stupeur et d’admiration. C’était un bel encouragement, une incitation à poursuivre que j’avais rencontré chez beaucoup de mes amies.

Que ferait l’artiste sans modèle ?

Pas grand-chose certainement, rien peut-être sinon barbouiller un peu de toile.

Tenebria – Quand j’ai écrit ma chronique « Il aime bien la confiture », je lui ai piqué une des images qu’ils avaient faites avec Martina pour l’illustrer. On peut dire que ces deux, ce jour-là, ils avaient joyeusement mis les mains dans la confiture. Le matin, il était allé la regarder courir, c’est après qu’ils se sont retrouvés et qu’elle lui a offert un cadeau dont il n’a rien soufflé à personne. Si j’ai choisi cette image parmi les autres, c’est parce qu’il est en quelque sorte entre les mains de Martina et j’ai pensé qu’ils me pardonneraient mon larcin aussi bien l’un que l’autre. Je n’avais pas très bien saisi cet aspect de la liberté du modèle, cet abandon des prérogatives de l’artiste qui se met littéralement entre les mains de ses modèles. La main n’est plus génératrice de l’œuvre dans le sens où la peinture et la sculpture nous y ont habituées, elle est cette œuvre tout en la produisant sans distanciation, exactement comme dans le toucher du modèle quand il l’énonce en 1983/84, c’est un télescopage fort doux (merci Max Ernst !), mais télescopage tout de même. Voilà une autre manière de voir les choses. Quand je lui en parle, il ne me répond pas, il ne proteste pas non plus. La distance est annihilée entre les deux aventuriers du toucher. Ce toucher autorisé et alors une conséquence de la liberté et le champ des possibilités s’élargi considérablement. Il n’est plus alors question d’un toucher à sens unique, mais d’une réciprocité. L’importance du médium employé pour obtenir des images de ce toucher est de peu d’importance, ce n’est pas lui qui a la parole. Je dirais toutefois que la photographie lui donne une évidence que la cinématographie dans sa continuité ne permet pas de saisir aussi bien que ne le fait l’image arrêtée.

Je me réjouis que la main ne soit plus laborieuse comme encore aujourd’hui nombre d’artistes s’en réclament. Depuis ce jour de l’été 1983 où se produisit le toucher de Pernilla quelque chose a changé. Ce toucher doublement accepté, d’abord en lui-même et ensuite par le fait qu’il sera « exhibé » le rend particulièrement scandaleux quel que soit l’endroit du corps où il s’exerce.  Il est débarrassé de toutes excuses, que ce soit celle de son utilité ou d’une quelconque passion, c’est un toucher à l’état pur, esthétique oserions-nous dire. Un toucher quintessencié non exempt de plaisir bien que débarrassé de l’émotion passionnelle, il n’a plus d’excuses, c’est bien ce qui le rend scandaleux.

Tu as écrit sur le toucher du modèle, non pour te chercher des excuses, mais pour dire ce qu’il était, c’est à dire complètement inscrit dans l’espace de l’art, ce qui lui donnait une dimension qui n’ayant nullement besoin du gigantesque cher aux musées, je n’hésiterais pas à le qualifier de conceptuel !

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