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Je n’avais jamais pensé, jusqu’à maintenant ou plus précisément à cette nuit du 28 septembre, que la liberté du modèle pouvait être mise en parallèle avec les rapprochements qui me sont coutumiers. Les deux « sujets » s’inscrivent dans l’espace de l’art et le premier rapproche de manière absolue le modèle de l’artiste et plus exactement deux artistes comme j’ai mis tant d’années à m’en apercevoir. Le binôme qui alors se forme se trouve être dans une position doublement exceptionnelle. Les protagonistes de l’aventure sont libérés des conventions, en l’occurrence des règles (la morale !) et aussi de l’argent, les deux  régissant habituellement les rapports modèles/artistes. C’est bien là que réside le côté scandaleux de cette situation, car après la disparition des deux facteurs que je viens  d’évoquer il ne reste que le plaisir teinté peut-être dans certains cas d’un soupçon d’inquiétude ou de vertige tant les contraintes qui nous sont imposées par nos sociétés pour nous réduire ont fait naître en nous un sentiment de panique, les annihiler d’un commun accord fait l’effet d’une chute dans un trou d’air  C’est cet accord dans le rapprochement, dans la fusion des intentions, qui je le rappelle a choisi de manière délibérée l’art comme espace d’habitation, ce qui aux yeux du public ne fait que renforcer le sentiment de scandale tant cet espace lui a toujours paru en être le lieu privilégié.

Les images alors produites sont au combien loin des préoccupations habituelles. Nous ne sommes plus dans un champ pictural restreint par ce qui lui est propre. J’oserais dire que la liberté opère comme un filtre éliminant les artifices et provoquant ainsi une difficulté d’acceptation pour le regardeur effrayé par le « tableau » qu’il s’en fait (merci Monsieur Duchamp) à partir de ce qu’il voit, on est alors loin des chatouillis du spirituel, de la composition ou des subtilités de la palette. Le binôme évoqué précédemment remet profondément en question et de manière équilibrée, d’une part l’aspect Deus ex machina dont on affuble généralement l’artiste et d’autre part la relégation du « modèle » au niveau de prétexte à faire œuvre qui le fait disparaître derrière ce qu’on lui a imposé d’incarner dans tous les cas de la peinture ou presque.

C’est ce « presque » qui m’a intrigué au point de devenir une impérieuse interrogation à l’origine de la proposition formulée en tant que liberté du modèle.

C’est sans doute le fait que Lydie entreprenne une nouvelle série d’entretiens avec des protagonistes de l’aventure, qu’à défaut de mieux je qualifie encore de « modéliste », qui est la cause de ce qui m’a poussé à faire le point comme on le fait au cours d’une navigation en mer inconnue non pas pour savoir où l’on va, mais savoir où l’on est.

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