La finale (mais pas lutte)


PA – Numérique ou pas une image reste une image et depuis la préhistoire, rien n’a vraiment changé. On nous a bassiné avec le langage du médium, je veux bien entendre ce qu’il a à me dire, mais n’exagérons rien, en fonction de ce qu’il montre, je ne l’entends pas beaucoup.

TL – Ça démarre sec ce matin, qu’est-ce qu’il t’a fait le médium, généralement tu ne lui accordes pas beaucoup d’importance, tu passes de l’un à l’autre sans problème, ce n’est pas la peine de te mettre dans des états pareils.

PA – Ce qui m’agace c’est la classification des artistes en fonction de ce qu’ils utilisent. Après les aquarellistes ce fut les photographes puis on nous a cassé les pieds avec les vidéastes, je sens venir les numéricastes.

TL – Et alors ?

PA – Alors rien. C’est certain, je n’aime pas les fins, pas plus celles de l’année que les autres, je suis plutôt pour les suites, ce qui me permet d’enchainer les évènements avec le plus grand plaisir. Je me suis aménagé une pratique de l’art convenant à mes sujets qui sont loin de plaire tant je m’arrange pour ne jamais les clore, mais au contraire de les laisser courir dans l’imaginaire des spectateurs. Après tout, puisque c’est à lui de faire le tableau, il n’y a aucune raison de l’en priver, c’est sans doute bien suffisant de lui en fournir les couleurs.

TL – Je t’écoute, mon joli, et je me dis que jamais je n’ai entendu si beau discours de paresseux. C’est vrai aussi que tu nous as dit souvent que « le travail » te dégoutte tellement que le mot suffit à te donner l’envie d’aller te recoucher, alors vas-y vite, il est 5h du matin !

Et si on y allait ?


TL – Tu racontes des drôles de choses et j’ai l’impression que tu mélanges un peu tout, les sciences et les arts, à la fin ça devient difficile de savoir où tu nous emmènes.

PA – Mais je n’emmène personne nulle part, je ne suis pas une agence de tourisme. Tu sais très bien que je préfère rapprocher ce qui n’est pas très éloigné, la main de ce qu’elle va toucher, de ce qu’elle ne touche pas encore et que dans le moment suivant elle touchera. Par rapport aux grecques j’ai fait des progrès dans ce domaine. Quant aux sciences et aux arts, c’était bien artificiel de les séparer, bien stupide aussi, c’était pour nous faire croire que d’un côté se trouvait le plus grand sérieux et de l’autre la fantaisie la plus débridée alors que c’est tout pareil, des inventions très simples pour passer son temps de la manière la plus agréable qui soit dans un cas comme dans l’autre. Continuer la lecture de Et si on y allait ?

Demande d’aide

PA – La censure n’est pas seulement officielle, elle exista aussi beaucoup plus insidieusement. Je connais bien les réticences suscitées par la liberté du modèle ou ma manière de vouloir présenter le résultat de mes recherches lors de mes manifestations.

TL – Tu sais très bien ce qui dérange les contemplateurs de ton œuvre, comme tu les appelles, dans tes relations modélistes, c’est le toucher beaucoup plus que l’exhibitionnisme ou la mise en évidence (acceptée !) du voyeurisme qui déjà abolissait une distance. Avec le toucher tu franchis les derniers centimètres séparant ce qui se fait de ce qui ne se fait pas, tu bouscules ce que la morale (mais quelle morale ?) a érigée comme interdit. Quant à ta « manière » elle ne correspond pas à l’idée qu’ils se font de ce que doivent être les bonnes. Depuis que Monsieur Marcel leur a dit qu’ils faisaient le tableau, ils veulent aussi le présenter à leur façon et la tienne ne correspond pas à la leur. Jusqu’à maintenant ils pouvaient au moins choisir le cadre et voilà que tu leur enlèves jusqu’à ce petit plaisir. Ils ont l’impression que tu les prends pour des cons. Continuer la lecture de Demande d’aide

Conversation


TL – Tu as associé nos deux noms dans ton histoire de « menta » sans trop me demander mon avis et en plus tu l’as collée sur Facebook alors que tu es aussi dégoûté que moi par ce lieu d’épandage. Ah, encore une chose, je me suis demandée si par hasard tu n’avais pas pensé à la raie Manta et qu’alors tes astuces sonores se seraient ornées d’une belle faute d’orthographe.

PA – Hem hem Continuer la lecture de Conversation

Le cri du jour!

Depuis quelques années on parle beaucoup du fugace, de l’éphémère, de la disparition et moi même, enfin ma pratique de l’art, se voit souvent rangée dans ces catégories. Je n’y vois aucun inconvénient en précisant toutefois que tout n’est qu’une question de point de vue et que cela est relatif par rapport à la conception que nous avons du temps et au fait que nous dotons ce que nous considérons comme des produits le l’art d’une pérennité tout à fait illusoire. Ne serait ce pas là une attitude rassurante qui nous pousse d’ailleurs aux pires excès tant est grand notre goût pour la préservation des choses.
A partir du moment où j’ai employé des médiums tels que les sucs de certains fruits, j’étais bien conscient de la fragilité de leur existence sans y attacher une autre importance de celle du contraste qu’ils établissaient par rapport à la stabilité un peu plus longue que d’autres comme les oxydes de fer par exemple (de quelque semaines pour les premiers à quelques millénaires pour les second) comme on pouvait les voir employés conjointement dans mon exposition In natura rerum au musée des beaux arts de Nantes en 1996. Si cette question de la fugacité des œuvres se trouve posée aujourd’hui avec tant d’insistance ne serait ce pas à cause de leur extrême marchandisation. On ne voudrait pas payer l’art pour peu de temps ni considérer le phénomène plus que ce qu’il engendre. Je m’interroge souvent pour savoir si je suis vraiment satisfait de voir un tableau repeint par trois ou quatre générations de restaurateurs le cochonnant allègrement.
Bien sûr, si j’avais raison, l’existence matériel de l’artiste serait encore plus précaire qu’elle n’est, mais quel surcroît de panache pour l’amateur conviant à la contemplation de ce qu’il possède en l’assortissant de ce conseil « dépêchez vous car tout va bientôt disparaître ! »
Etre artiste deviendrait enfin un métier dangereux, le problème des réserves des musées se trouverait résolu et la courte vie des chefs d‘œuvres un facteur de valeur ajouté car pour les voir le collectionneur devrait les acheter vite. L’esprit (sic) du temps serait satisfait, n’est ce pas celui de la vitesse, alors vive l’art disparaissant vite !

TL – Tu manges du cheval Paulo ?

Je vous regarde

03 01

Si vous ne répondez pas aux gens ce qu’ils s’attendent à entendre, ils vous tirent la gueule, c’est bien l’inconvénient majeur des interviews. On vous pose des questions pour essayer de savoir si par hasard les artistes ne marchent pas tout à fait comme les autres car alors tout s’éclairerait, on pourrait enfin comprendre où ils veulent en venir avec les trucs qu’ils nous montrent. Ah on serait bien content, on pourrait regarder tranquille. Par exemple le Gette, on saurait enfin ce qu’il trouve aux galets, aux culottes et à l’entre-jambes des filles ou ce qu’il ne trouve pas aux paysages pourtant si jolis et pas chers avec les billets d’avion low cost.

De temps en temps ça le prend et il grafouille sans même avoir sous les yeux ce qu’il dessine, il dit alors que ce sont des dessins de souvenirs. Nous on ne connait que le dessin d’imitation et pas de souvenir, de toute façon les souvenirs ne sont jamais ressemblants surtout si on les dessine. Autrement il ne fout pas grand-chose, un peu de photographie par ci par là et encore il faut qu’il trouve quelqu’un et comme il ne cherche même pas, ce n’est pas très souvent. Elle avait raison l’élève à Etretat quand elle disait « Il fout rien ce type ». Continuer la lecture de Je vous regarde

Espoir déçu !


La couleur m’attira vers la fenêtre et je crus un moment, mais seulement un moment, que le Beaubourg s’embrasait, qu’enfin il allait nous offrir un peu de chaleur et d’émotion, cesser d’être cette boîte glacée où l’art se recroqueville. Hélas ce n’était qu’un effet du soleil couchant !

J’ai du retard !

Non ce n’est pas ce que tu penses, mauvais esprit.

J’ai bien vu tes incursions dans la porcelaine cet été, dont l’une au moins était un peu éléphantesque, d’une part tu la cassais et d’autre part tu serrais dans ta main les petits boudins qu’Amandine te préparait pour faire ce qu’après cuisson tu appelas un poing… c’est tout !

Moi je veux bien, mais ce n’était pas un poing mais l’intérieur du tien, enfin passons, l’art n’est pas coutumier de la précision et après de grandes recherches, j’ai compris que tu jouais avec les mots alors que j’avais primordialement crue que tu avais fait une faute d’orthographe. Tu pourrais penser aux étrangers comme moi qui essayent de comprendre ce que tu racontes. Continuer la lecture de J’ai du retard !

Venezuela précolombien (C’est à dire avant le temps des assassins)

C’est Benjamin Perret qui l’avait ramenée et je pense qu’elle n’a pas dû le regretter. Sa compagnie devait être plutôt plaisante et je vois mal l’auteur d’une Anthologie de l’amour sublime se conduire d’une autre manière qu’agréable envers les Dames. Maintenant, elle est avec moi et parfois je la blottis au creux de ma main tant je pense que toute divinité qu’elle soit, un peu de chaleur ne doit pas lui être désagréable. Je ne suis, vous le savez bien, un spécialiste en rien, donc ne comptez pas sur moi pour vous éclairer sur ce qu’elle est, sinon que je lui trouve une vague ressemblance avec des terres cuites archaïques japonaises (dogü) que j’avais vues un jour je ne sais plus où. Bon, je ne vais pas l’ennuyer avec mes questions, elle est en compagnie chez moi d’une petite Isis tenant Horus sur ces genoux et d’une sculpture féminine Mendé. Je reste à l’écoute, mais jusqu’à ce jour, rien de funeste ne m’est encore arrivé. Continuer la lecture de Venezuela précolombien (C’est à dire avant le temps des assassins)

J’ai encore des questions…

Je n’ai pas prêté une grande attention à ce que tu racontais de La colère des Nymphes, mais en te relisant je découvre que tu as été fort intéressé par les tatouages d’Amandine dont tu parles en te gardant bien de me les montrer. Tu as du culot de demander à une jeune fille que tu ne connais pas si elle en a d’autres après avoir vu un petit bateau sur son bras. Tu pourrais te contenter de ce que l’on veut bien te montrer. Je sais ce que tu vas me répondre, que personne n’est obligé d’accéder à tes questions, je sais aussi que si on te dit non, tu rigoles en les traitant de menteuses et que finalement tu découvres des choses étonnantes. Enfin « étonnantes » est peut-être un peu trop fort, disons pour le moins surprenantes. Continuer la lecture de J’ai encore des questions…